Les femmes développent-elles plus rapidement une dépendance ?

Déborah Lidsky-Haziza est médecin spécialiste des addictions. Elle nous a reçu dans son cabinet au Service de Médecine de Premier Recours des Hôpitaux Universitaires de Genève. Panorama des risques et des facteurs de vulnérabilité.

L'interview qui suit est complémentaire à celui que vous trouverez dans le nouveau numéro du journal Exister.

Vous dites que les femmes développent plus rapidement une dépendance. Comment l’expliquez-vous ?

Les femmes et les hommes ne sont effectivement pas égaux face aux effets de l'alcool. Ces différences s'expliquent notamment par des facteurs biologiques.

Tout d'abord, les femmes ont en moyenne une proportion d'eau corporelle plus faible et une masse grasse plus importante que les hommes. Or, l'alcool se diffuse principalement dans l'eau de l'organisme. Résultat : à quantité d'alcool consommée égale, le taux d'alcool dans le sang est généralement plus élevé chez une femme que chez un homme.

Ensuite, le métabolisme de l'alcool diffère également. Chez les femmes, certaines enzymes chargées de dégrader l'alcool sont moins actives. L'alcool reste donc plus longtemps dans l'organisme, ce qui augmente l'exposition des tissus à ses effets toxiques.

Ces différences expliquent pourquoi les femmes développent plus rapidement certaines complications liées à l'alcool, même lorsqu'elles consomment des quantités comparables à celles des hommes. Elles présentent notamment un risque accru d'atteinte du foie, avec une évolution plus rapide vers la fibrose puis la cirrhose. L'alcool augmente également le risque de plusieurs cancers. On sait aujourd'hui qu'il n'existe pas de seuil de consommation totalement sans risque : même de faibles quantités d'alcool augmentent le risque de certains cancers, en particulier celui du sein chez les femmes.

Enfin, les hormones sexuelles jouent également un rôle. Les variations du taux d'œstrogènes au cours du cycle menstruel influencent la manière dont l'organisme réagit à l'alcool. À certaines périodes du cycle, notamment autour de l'ovulation, lorsque les concentrations d'œstrogènes sont plus élevées, les effets de l'alcool peuvent être plus marqués et la sensibilité à ses effets accrue.

 

 

Et on retrouve aussi les risques psychologiques ?

Au-delà des différences biologiques, les femmes sont également confrontées à des facteurs psychologiques et sociaux qui peuvent influencer leur rapport à l'alcool.

Les études montrent qu'elles sont plus souvent touchées que les hommes par certains troubles de santé mentale, notamment les troubles anxieux, la dépression et le syndrome de stress post-traumatique. Ces difficultés psychiques peuvent conduire certaines personnes à utiliser l'alcool comme un moyen de soulager temporairement leur souffrance, même si cette stratégie aggrave généralement les problèmes à long terme.

Les femmes sont aussi soumises à des pressions sociales spécifiques. Concilier les rôles de mère, de conjointe, d'aidante ou de professionnelle peut générer un stress important et favoriser, chez certaines, le recours à l'alcool comme moyen de faire face aux difficultés du quotidien.

Par ailleurs, la consommation d'alcool reste souvent davantage stigmatisée chez les femmes que chez les hommes. La peur du jugement, la culpabilité ou la honte peuvent retarder la demande d'aide, avec pour conséquence une prise en charge parfois plus tardive.

Enfin, l'alcool augmente le risque d'être victime de violences. Chez les femmes, il est associé à une plus grande exposition aux agressions, qu'elles soient verbales, physiques ou sexuelles. L'alcool peut accroître la vulnérabilité des victimes dans certaines situations.

 

Pour lire le reste de l'article, retrouvez une nouvelle édition de la revue Exister consacrée aux risques.