En commençant à travailler dans le Jura bernois l’hiver passé, j’ai rencontré des personnes de tous horizons, souvent traversées par une histoire de vie aussi touchante que compliquée, qui apprennent à se découvrir, à se comprendre et, nous l’espérons profondément, à s’accepter telles qu’elles sont. Je dis souvent que j’ai beaucoup de chance de faire ce travail, d’avoir le privilège de voir les personnes que nous accompagnons évoluer, changer, s’ouvrir, et de pouvoir, ne serait-ce qu’un peu, y contribuer. 13 ans que je travaille à la Croix-Bleue romande sur le canton de Neuchâtel et une année maintenant à Tavannes.
S’il y a bien une chose que j’ai apprise au contact de toutes les personnes que j’ai pu accompagner, c’est que nous sommes tous humains. Nous avons tous besoin d’être aimés, validés, encouragés et d’avoir des gens bienveillants autour de nous. Certaines personnes en manquent cruellement. L’alcool a renforcé leur solitude, mais il n’est pas le seul acteur de l’histoire. Un peu à l’image de l’accompagnement que nous proposons ou même de cet écrit. Nous parlons d’alcool, bien évidemment, nous tentons de comprendre son rôle, son histoire mais il n’est plus le centre de l’attention. Nous recherchons ce qu’il a camouflé, mis « sous la couverture » comme j’ai coutume de le dire.
L’alcool masque la solitude, les problèmes, la réalité et parfois sa diminution ou son arrêt nous remet face à ce que nous cherchions à fuir. Il faut beaucoup de courage pour faire cette démarche. Celle de demander de l’aide, de mettre l’alcool à distance, et de regarder en face ce qu’il laisse derrière lui. Les personnes que j’ai rencontrées sont dignes, courageuses et fortes. Je ne peux évidemment pas les nommer ici mais elles se reconnaîtront.
Et comme une image vaut mieux que des mots, je vous laisse, ci-dessus, une photo du bureau de Tavannes. Un lieu qui n’a pas fini de nous accueillir, nous et nos maux pour en faire des mots et une nouvelle histoire à écrire.
Aurélie Jeanneret
Collaboratrice sociale